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 BOURGEOIS GENTILHOMME OU BOURGEOIS GALANT ?

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manal-a



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Date d'inscription : 09/03/2007

MessageSujet: BOURGEOIS GENTILHOMME OU BOURGEOIS GALANT ?   Lun 12 Mar - 13:22

BOURGEOIS GENTILHOMME OU BOURGEOIS GALANT ?

Ce nous est une douce rente que ce Monsieur Jourdain, avec les visions de noblesse et de galanterie qu'il est allé se mettre en tête ", dit le maître de musique à son collègue, le maître à danser. Leur élève est un " visionnaire ", semblable aux personnages dont Desmarets de Saint-Sorlin avait fait le sujet d'une comédie à succès une trentaine d'années plus tôt. " On dit, explique Furetière, d'un dessein qui n'est pas bien imaginé, qui ne peut pas réussir, où on s'est trompé dans son raisonnement, que c'est une vision, une pure vision, une imagination creuse. Il est opposé à la réalité. " M. Jourdain s'est laissé emporter par un projet chimérique dont la contradiction éclate dans le titre même de la pièce. On peut être bourgeois et anobli ; il est strictement impossible d'être bourgeois et gentilhomme. La " vision " du personnage de Molière consiste à poursuivre ce but hors de portée. Il ne l'atteindra que dans l'imaginaire en devenant " Mamamouchi ".

Mais les maîtres de M. Jourdain, dans cette conversation initiale, ne parlent pas d'une vision, mais de deux, distinctes quoique liées. Ce bourgeois qui se veut gentilhomme est aussi un bourgeois qui se veut galant. Cela rend son rôle ambigu. D'autant qu'à y regarder de près, il se révèle encore plus entiché de galanterie que de noblesse. Dénoncée en passant au début de la pièce, la seconde vision introduit une sorte de décalage entre le personnage et le titre de la pièce. La vision de noblesse correspond parfaitement au titre. L'autre, la vision de galanterie, n'y est liée qu'accessoirement.

" Nous n'entendons point, dit Sorel dans Les Lois de la galanterie, qu'aucun soit si hardi de prétendre en Galanterie s'il ne vient d'une race fort relevée en noblesse et en honneurs et s'il n'a l'esprit excellent, ou s'il n'a beaucoup de richesses qui brillent aux yeux du monde pour l'éblouir et l'empêcher de voir ses défauts. " L'alternative introduite par le ou est significative. La noblesse jointe à l'esprit est une condition suffisante de la galanterie (presque suffisante, car la galanterie coûte cher). La richesse sans la naissance n'en est qu'un ersatz, un pis-aller trompeur qui masque " les défauts ", c'est-à-dire les manques du bourgeois parvenu. En soi, les espoirs de M. Jourdain de paraître galant maintenant qu'il est riche ne sont nullement illégitimes. S'il échoue, c'est qu'il croit pouvoir y parvenir effectivement, qu'il y met sincèrement tous ses efforts, sans comprendre qu'il ne peut atteindre qu'à une apparente galanterie liée à une richesse qui ferait oublier ses insuffisances originelles. En voulant à tout prix être galant, il fait que les étaler.

A la scène 2 de l'acte 1, il entrouvre sa robe et montre " un haut de chausses étroit de velours rouge et une camisole de velours vert ". Il veut savoir ce que pensent les deux maîtres présents du " petit déshabillé " qu'il destine à ses exercices du matin. Désireux de complaire aux folies du bourgeois, c'est encore le maître de musique qui prononce le mot attendu. " Il est galant ", lui dit-il. A proprement parler, cela ne veut rien dire, puisque, selon Furetière, " Galant, se dit d'un homme qui a l'air de la cour, les manières agréables, qui tâche à plaire et particulièrement au beau sexe. En ce sens on dit que c'est un esprit galant, qui donne un tour galant à tout ce qu'il dit, qu'il fait des billets doux et des vers galants. " Le mot ne s'applique pas normalement à un habit. Mais M. Jourdain croit que l'habit fait le moine, que le sien le rendra galant.

Car l'habit occupe effectivement une grande place dans la galanterie. " Après ceci, énonce Sorel dans le titre X des Lois de la galanterie, on doit avoir égard à ce qui couvre le corps et qui n'est pas seulement établi pour le cacher et le garder du froid, mais encore pour l'ornement [...]. Quant aux habits, la grande règle est de les changer souvent et de les avoir toujours des plus à la mode. " Ridicules sont ceux qui, comme le Sganarelle de L'Ecole des maris ou l'Arnolphe de L'Ecole des femmes, continuent de s'habiller à l'ancienne mode sous prétexte de confort. M. Jourdain, lui, ne cesse de changer d'habit, depuis sa robe et son déshabillé du matin jusqu'au vêtement " à la Turque " de la scène finale en passant par " le plus bel habit de cour et le mieux assorti " que le maître tailleur lui fait revêtir " avec cérémonie ". Et chaque fois, il se pavane, soucieux seulement de l'effet qu'il produit sur ceux qui le voient. Par l'importance qu'il donne à des habits nombreux et dont le rôle est tout entier d'ostentation, le bourgeois croit se comporter en parfait galant.

Ainsi faisait déjà Mascarille et son habit fameux. Aux deux bouts de sa carrière, Molière tire un même effet comique de la même perversion vestimentaire. Jourdain et Mascarille pèchent par excès, incapables de cette mesure en quoi consiste l'air de cour qu'ils s'efforcent vainement de copier. Les éclats de rire de Nicole et la colère de Madame Jourdain devant " l'enharnachement " du bourgeois manifestent son échec à s'habiller galamment. L'élégance vestimentaire ne lui est pas structurellement interdite comme la noblesse. Mais elle l'est en pratique, par manque d'habitude et de goût. En changeant d'habit, M. Jourdain croit changer de condition. Il la rend au contraire manifeste par son ridicule. Ce n'est pas sa naissance, mais son passé qui fait de son projet galant une " vision ".

Au début de l'acte III, le maître de musique annonce à M. Jourdain que le divertissement préparé sur son ordre sera bientôt prêt. Une nouvelle fois, c'est lui qui prononce le mot attendu par le bourgeois. " Vous verrez, lui dit-il, quelque chose de galant dans le petit ballet que nous avons ajusté pour vous. " La musique, comme l'habit, est indissolublement liée à la galanterie. " On doit connaître des violons de toutes les bandes, dit Sorel (loi XII), pour savoir en quel lieu se donnera le bal. Il faut connaître des musiciens pour apprendre où se fera quelque concert de musique. " Il faut gagner l'amitié des chanteurs et des instrumentistes pour les faire venir à domicile. Mascarille, qui chante sans avoir eu besoin d'apprendre la musique, n'oublie pas de faire quérir des violons pour faire danser l'assemblée. M. Jourdain apprend de son maître de musique qu'il doit donner " un concert de musique chez lui " une fois par semaine.

Ce maître de musique n'est pas le seul à avoir compris qu'on pouvait tirer grand profit des " visions " de M. Jourdain. Dorante se sert au moins autant de sa vision de galanterie que de sa vision de noblesse. A l'acte III, en voyant M. Jourdain dans son bel habit, il lui dit qu'il lui donne " tout à fait bon air " et qu'il n'y a point de " jeunes gens de la cour " mieux faits que lui. Puis, redoublant le compliment, il prononce le mot attendu : " Tournez-vous. Cela est tout à fait galant. " Cette flatterie va droit au coeur de M. Jourdain, comme la suivante, qui flatte sa vision de noblesse : il a, lui dit Dorante, parlé de lui le matin même dans la chambre du Roi. Il en profite pour lui soutirer de l'argent. Ce personnage, qualifié de comte dans la liste des personnages, est un comte fort désargenté.

Quand il le présente à Dorimène, la marquise qu'il veut séduire en profitant de l'attrait qu'elle exerce sur M. Jourdain (scène 16 de l'acte III), il lui dit à l'oreille que c'est " un bon bourgeois assez ridicule " et à haute voix qu'il est homme d'esprit et le meilleur de ses amis. Puis après sa réponse (" c'est trop d'honneur que vous me faites "), il détache l'exclamation flatteuse : " Galant homme tout à fait. " Dans cette scène et dans la suivante (scène 1 de l'acte IV), l'expression reviendra à deux reprises : M. Jourdain s'est conduit ou se conduira en " galant homme ". Il s'y ajoute, pour finir, l'ironique compliment de Dorimène. Elle a trouvé fort beaux les chants qu'elle vient d'entendre. " Je vois encore ici, Madame, quelque chose de plus beau ", dit le bourgeois. Elle répond : " Ouais ! Monsieur Jourdain est galant plus que je ne pensais ". Comble de la dérision, le mot qui flatte la manie du bourgeois lui est cette fois appliqué dans une phrase à double entente, qui marque à la fois son échec et son aveuglement. Appelé vers d'autres folies, c'est la dernière fois (la dixième) qu'il le prononce ou l'entend.

Comme le montre la scène où figure Dorimène, la galanterie est liée au langage, " qui est, selon Sorel, l'instrument de l'âme dont il faut se servir dans la société " (loi XVI). Le galant doit louer les dames. " Quant au sujet de l'entretien, dit Sorel, ce sera premièrement sur les louanges des personnes à qui on parle, principalement si ce sont des femmes, car c'est la coutume des honnêtes gens de louer toujours ce beau sexe. " C'est ce que fait maladroitement M. Jourdain. On doit ensuite " avoir les pochettes pleines de sonnets, épigrammes, madrigaux, élégies et autres vers, soit qu'ils soient satiriques ou sur un sujet d'amour ". Le bourgeois n'en est pas encore là, lui qui ignore la différence de la prose et des vers. Mascarille, sur ce point, était plus avancé que lui.






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